J’ai répondu au Chef: mon crime de lèse majesté

J’ai répondu au Chef. Et cela, on me l’a dit, ne se fait pas. Le Chef, dans nos administrations, on ne lui répond pas. Quoi qu’il vous fasse, vous le subissez, vous supportez, vous vous taisez et vous passez. C’est une loi non écrite mais super importante. Mais moi, j’ai répondu au Chef.  Et j’ai commis un crime de lèse-majesté.

Et je suis désolé, mais je le referai si c’était à refaire. Car, ne pas répondre au Chef, c’est laisser la porte ouverte à toute sorte d’abus. Je me rappelle bien de cette secrétaire, à 1 an de sa retraite se faire engueuler proprement par son “Chef”.   Elle est juste restée debout là, le “Chef” au féminin, a déversé sa bile, elle a tout écouté et elle est partie. Je me rappelle aussi de ce matin, dans une certaine administration où un “Chef” est allé engueuler proprement ses collaboratrices. Il criait si fort qu’on l’entendait du rez de chaussée. Des mères de famille, des pères de famille, des personnes avec leur dignité et leur fierté. Comment est-ce possible?

L’époque coloniale est passée

Cette conception de l’administration, je crois, est dépassée. L’époque coloniale est passée. Je ne prêche pas l’anarchie dans l’administration. Mais des relations empreintes de respect mutuel. Où le Chef respecte ses collaborateurs et joue réellement son rôle de Chef. Et où les collaborateurs respectent également leur “Chef” en donnant le meilleur d’eux-même.

Car, si le chef a des obligations envers son supérieur, il en a également envers ses collaborateurs.

J’ai répondu au Chef. Et bien entendu, il a fait ma publicité auprès des autres chefs dont certains ont pris fait et cause pour lui sans même en demander plus. Je les comprends. Ils se sont peut être mis à la place de ce Chef. Et il y a levée de boucliers.

” Si le chef est mauvais, c’est à toi de t’adapter pour fonctionner avec lui”, quel conseil!! Et où sont les résultats alors? Comment peut-on travailler ainsi? Nous sommes à une époque où les autres (américains, européens….), essaient de cultiver le bonheur dans l’entreprise. Le but est de faire en sorte que l’employé aime tellement son lieu de travail qu’il le préfère à sa maison. Ici chez nous, nous fonctionnons encore comme à l’époque coloniale, où tu n’avais pas le droit de regarder le colon dans les yeux, ni de lui répondre.

Un Chef……

Non, ramenons la balle à terre. Ce qui nous unit, c’est le travail et les résultats que nous devons atteindre ensemble. Personne n’est là pour être le bouc émissaire, la serpillière d’un autre. Personne n’est là non plus pour supporter les mesquineries d’un autre. Le “Chef”, vous tous qui êtes actuellement en position de “Chef”, devez le comprendre. Et si c’était vous qu’on traitait ainsi? Celui que vous traitez de la sorte est quand même père, mère, fille, épouse de quelqu’un. Comment peut-il regarder sa femme ou son mari dans les yeux en rentant après ça?

Un chef assume ses bêtises, défend ses collaborateurs et ne les livre pas pieds et poings liés. Il rend la faute facile J'ai repondu au chefà corriger et n’humilie pas. Un Chef, lave ses linges pourris en famille et guide ceux qui le suivent. Il ne crée pas de division pour régner. Un Chef, crée l’ambiance et laisse les collaborateurs le porter par leur travail. Du moment où un chef a besoin d’affirmer “C’est moi le Chef”, pour se faire obéir, c’est qu’il est passé à côté. Les gens affirmeront, sans que vous le demandiez “Voici mon Chef”. Si vous n’avez pas ça, vous n’êtes pas “Chef”.

J’ai répondu au Chef et ça a fait scandale. Mais, moi, collaborateur ainsi que tous les autres qui sont dans cette position, nous savons déjà qui est le Chef. Nous le savons et je n’en connais que peu qui veulent vraiment challenger le “Chef”.  La plupart des gens veulent juste travailler, gagner leur pitance et se tirer.

Et si on formait les Chefs à être CHEFS?

Pourquoi on ne forme pas les gens à être “Chef”? Il y a un besoin urgent de former les managers. Non pas techniquement, mais à gérer les hommes. A gérer des hommes et à être eux-mêmes des Hommes. Quand je dis Homme, ça n’a rien à avoir avec le genre. Il faudrait que toute personne en position d’être nommée “Chef” fasse cette formation là. Les centres de formation daecarnegie  https://www.dalecarnegie.fr/centres-de-formations/ un peu partout dans le monde offrent ce genre de formation. Avant même une nomination éventuelle, le futur “Chef”, devrait passer par là.

Il serait urgent d’instaurer dans nos administrations, des canaux de communication entre le “Chef” et ses collaborateurs. Je ne parle pas de subordonnés. C’est dépassé.  Non, le Chef n’est pas Dieu. Les entreprises, les administrations ont besoin de “Chef” à visage humain.

Je discutais avec un Manager, une dame avec de hautes responsabilités qui affirmait “Si mon collaborateur ne peut pas ouvrir ma porte pour venir me dire ce qu’il a à me dire ………..”. Je regrette sincèrement que très peu puissent être comme elle.

Oui, on a besoin de travailler. C’est vrai, le travail est rare en Afrique. Mais non à la vente de la dignité contre de l’argent. Je sais, la dignité ne se mange pas. Mais c’est ce quelque chose de non matériel en nous qui nous fait humains.

J’ai répondu au Chef et je suis devenu persona non grata. Mais si c’était à refaire, je le referai. Le culte du Chef, il est temps d’y mettre fin. Les gens, le moteur de leurs actions, ce sont les sentiments. Alors pourquoi heurter ces sentiments au nom du “Chef”?

Avez-vous connu des “Chefs” difficiles?  Ou de bons chefs? Partagez vos expériences dans les commentaires. D’autres en profiteront.